Étude de cas Sandbox DAO, partie 3 : fermer le système

La SIP-39 adoptée à 80 %. 20 outils à arrêter ou à transmettre. Chaque proposition active traitée une par une. La phase à laquelle personne ne vous prépare, et les 3 choses que m’a apprises la fermeture d’un système de gouvernance de 7,5 M$ sur 2 ans.

Ceci est la dernière partie d’une série en trois volets sur ce que j’ai appris en construisant, en pilotant puis en fermant un système de gouvernance doté de 7,5 millions de dollars de budget de fonctionnement sur deux ans.

C’est la phase à laquelle personne ne vous prépare.

Pourquoi la pause

The Sandbox entrait dans une nouvelle phase avec sa version 3.0, et le type d’initiatives que soutenait la DAO n’était plus clairement aligné avec la direction que prenait la plateforme. Dans le même temps, la baisse du cours du SAND obligeait la DAO à dépenser davantage de tokens pour couvrir les mêmes coûts fixes. Continuer sans mandat actualisé exposait à un désalignement et à une perte de valeur.

Nous avons donc proposé une pause structurée, par une SIP formelle et un vote de la communauté (SIP-39). Pas un arrêt définitif. Une pause, conçue pour préserver les actifs, honorer les engagements en cours et se donner le temps de réévaluer.

La communauté a voté à 80 % d’approbation, avec un quorum de 233 %. La proposition est passée.

Le vrai travail a alors commencé.

La réalité opérationnelle d’une fermeture

Chaque proposition active a dû être traitée une par une. Certaines avaient des contrats signés et sont allées à leur terme. D’autres ont été résiliées selon leurs conditions. Les auteurs ont été contactés directement, avec un statut clair et les prochaines étapes. Un tableau consolidé documentait l’issue de chaque SIP, sans exception.

Est ensuite venue l’évaluation des systèmes. Plus de vingt outils et plateformes devaient être transmis, maintenus en sommeil ou arrêtés : Fireblocks, Xero, Consola, Request Finance, Snapshot, le forum, le site web, les DNS, l’ENS, Shufti pour le KYC, TRM pour le suivi des transactions, Slack, Gmail, Notion, AWS, les réseaux sociaux, la carte de débit Reap, la chaîne YouTube et la relation bancaire chez Sygnum. Chacun avait des dépendances, des accès et un contexte opérationnel qu’on ne pouvait pas simplement couper. Certains devaient rester actifs pour la conformité. D’autres pouvaient être mis hors service. Chaque décision devait être délibérée.

Il a fallu clôturer les comptes proprement : chaque engagement financier soldé, chaque contrat ouvert réglé. Nous avons formé l’équipe de The Sandbox à maintenir ce qui devait subsister en sommeil. Et nous avons tout documenté pour que l’équipe suivante puisse reprendre sans nous.

Le 31 mars 2026, le rôle d’Arasakio comme administrateur de la DAO a pris fin.

Ce que la fermeture m’a appris

Construire ce système a été gratifiant. Le piloter, c’est là que j’ai le plus appris. Mais le fermer m’a appris des choses que je n’aurais pu apprendre d’aucune autre façon.

Savoir quand faire une pause est un signe de maturité opérationnelle, pas un échec. Le réflexe de la plupart des organisations est de continuer, de trouver un autre budget, de restructurer une fois de plus. Parfois, la chose responsable est de s’arrêter, de préserver ce que l’on a et de se donner l’espace de réfléchir clairement à la suite.

Une fermeture est aussi exigeante sur le plan opérationnel qu’un lancement. Quand on construit, l’énergie et l’optimisme font passer les trous. Quand on ferme, chaque détail compte, parce qu’il n’y a pas de phase suivante pour rattraper ce qui a été manqué.

Une gouvernance sans opérations n’est qu’un document.

Et une gouvernance sans opérations n’est qu’un document. C’était vrai au lancement, vrai pendant les opérations quotidiennes, et plus vrai encore pendant la fermeture. Un cadre ne vaut rien si personne ne tient la couche d’exécution en dessous.

Cette expérience est aujourd’hui le socle de ce que je fais chez Arasakio. Je conçois des systèmes de gouvernance et je pilote les opérations qui les font vivre, du premier cadre jusqu’à la réalité quotidienne, et oui, jusqu’aux conversations difficiles sur le moment d’arrêter.

« Est-ce le bon moment ? »

Cyril Forté, fondateur